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IMAD EDDINE DABLY, UN CONFINEMENT A L’AUTRE BOUT DU MONDE

Nous ne sommes pas tous égaux devant le confinement et notre collaborateur Imad Eddine Dalby en fait les frais depuis le 15 mars 2020 en Australie. Il a accepté de partager avec nous son histoire.

Imad Eddine Dably, originaire de la ville d’Essaouira et fils de menuisier, est un jeune Artisan âgé de 33 ans. Il a commencé à travailler le bois dès l’âge de 10 ans. Dès l’adolescence, sa passion pour la musique l’a poussé à approcher un des spécialistes du « Guembri » et maître artisan Mohamed «Capela» de la ville d’Essaouira, et s’est proposé de l’assister lui offrant sa connaissance du travail de bois, pour faire son initiation à la fabrication traditionnelle des instruments de musique de la région. Son bac en poche, il se forme auprès de l’artisan Youssef Mestouri, en techniques de tannerie et s’initie à la fabrication de percussions traditionnelles à Marrakech, avant son retour dans sa ville natale où la rencontre avec Maître Abdelhadi Belkaid, artisan d’instruments traditionnels, lui permettra d’améliorer ses techniques de fabrication, et d’ouvrir sous ses conseils sa propre boutique de fabrication et de vente.

Pour Afrikayna, Imad est un collaborateur important pour le programme VITA et son Instrumenthèque d’Afrique, de valorisation des Instruments traditionnels d’Afrique.
la musique quelque part l’a sauvé..

Sollicité de toute part pour son expérience et son expertise d’artisan et de musicien, Imad Eddine Dalby, représente le Maroc chaque année au Fringe World Festival à Adelaïde en Australie. Pendant un peu plus d’un mois et cela depuis 3 ans, Imad anime des ateliers de fabrication d’instruments de musique marocains, anime des conférences autour de l’évolution des instruments de musique au Maroc, notamment à l’Université d’Adelaïde et prend part à plusieurs activités annexes dans toute la région. Sa mission pour l’année 2020 devait s’achever le 20 mars, mais la fermeture des frontières marocaines le 15 mars a chamboulé tous ses plans.

Du jour au lendemain, le programme pour lequel il était invité a été annulé. Il s’est alors retrouvé sans soutien, sans logement, sans budget, sans billet d’avion, un visa expiré et cela à 16000 km du Maroc.

Imad nous explique que c’est la musique qui l’a un peu sauvé :  « Heureusement, j’ai un ami australo-marocain avec lequel je « jammais » au Maroc et ailleurs que j’ai appelé à la rescousse et qui m’a envoyé chez des amis d’amis dans la banlieue de Sydney. Je suis chez eux depuis deux mois » Mais cette «chance» relative n’empêche pas Imad de vivre ce confinement comme une véritable épreuve autant financière, identitaire que psychologique :

« Je ne vous cache pas que je suis très triste et déçu de savoir mes parents seuls, et que je n’aie pas été rapatrié alors que mon billet d’avion était valide. Je suis très amer par rapport à toute l’énergie investie dans la culture et les arts auprès de structures encadrantes qui m’ont aujourd’hui abandonné »

Bien qu’il soit hébergé, le coût de la vie en Australie est faramineux, les procédures pour renouveler le visa ont couté en temps en énergie et en argent. «L’ambassade, a envoyé une aide financière symbolique et quelques gâteaux marocains au début de Ramadan mais cela devient ridicule lorsque vous savez que vos parents âgés sont seuls, et que vous êtes seul…»

À ce jour, Imad Eddine Dalby, ne peut toujours pas se projeter «Aujourd’hui, mon billet d’avion a expiré, je ne sais même pas comment je pourrais rentrer si les vols reprennent, un vol Australie-Maroc coûte dans les 2000 dollars… C’est dans les situations pareilles que l’on réalise si on est soutenu ou non et si ce que l’on fait vaut la peine…».

Nous remercions Imad pour ce témoignage sincère, honnête et sans langue de bois et nous lui signifions ici toute notre solidarité ainsi qu’à tous les artistes et citoyens bloqués aux quatre coins du monde.